Gabapentin for Pain Management after Major Surgery: A Placebo‑controlled, Double‑blinded, Randomized Clinical Trial (the GAP Study)” par Baos et al., Anesthesiology 2025


Objectif & contexte

  • Gabapentin, un anti-épileptique déjà utilisé pour la douleur neuropathique, est largement utilisé « hors recommandation » dans le cadre de l’analgésie postopératoire et dans les protocoles multimodaux afin de réduire la consommation d’opioïdes.

  • Le but de cette étude est de tester si l’administration péri-opératoire de gabapentine (par rapport au placebo) améliore la résolution de la douleur postopératoire à long terme et secondairement si elle favorise l’arrêt des opioïdes après chirurgie majeure.

  • Le bénéfice clinique durable et rigoureux des gabapentinoïdes dans la douleur postopératoire n’est pas établi.


Méthodologie

  • Étude randomisée, en double aveugle, contrôlée par placebo

  • Population : adultes 18-75 ans programmés pour chirurgie majeure (thoracotomie, chirurgie thoracique vidéoassistée, arthroplastie de hanche ou genou, mastectomie, etc.) dans plusieurs centres au Royaume-Uni (Université de Bristol, Southampton et autres).

  • Critères d’exclusion : maladie rénale connue, usage antérieur de gabapentin/pregabalin, douleur chronique importante (>4/10) hors site chirurgical, apnée du sommeil sous PPC, etc.

  • Intervention : gabapentin 1200 mg en dose unique préopératoire + 600 mg toutes les 8h pendant 72 h post-opératoire vs placebo équivalent.

  • Suivi : jusqu’à 2 ans après chirurgie, pour évaluer résolution de la douleur et sevrage des opioïdes.

  • Critère principal : temps jusqu’à résolution de la douleur (5 mesures consécutives à 0/10 de douleur au site chirurgical).

  • Critère secondaire clé : temps jusqu’à cessation des opioïdes (5 mesures consécutives sans opioïdes).


Résultats

  • Sur l’analyse en intention de traiter, pas de différence significative entre gabapentin vs placebo pour le critère principal (time to pain cessation). Hazard Ratio ~ 1.04 (95 % CI 0.82-1.33), p = 0.73.

  • Concernant l’arrêt des opioïdes : un effet modeste a été observé : HR ~ 1.24 (95 % CI 1.00-1.54), p = 0.05, donc une augmentation de 24 % du taux de cessation des opioïdes. Les patients gabapentine ont arrêté en médiane à ~ 25 jours vs ~ 32 jours pour placebo.

  • Dans l’analyse per-protocol, l’effet sur arrêt des opioïdes était plus marqué (HR ~ 1.37, 95 % CI 1.06-1.88, p = 0.02) pour ceux ayant bien suivi le protocole.

  • Sur la proportion de patients encore douloureux à 6 mois ou 12 mois, ou consommant encore des opioïdes à long terme, pas de différence significative entre les groupes.

  • Effets indésirables : taux élevé d’événements (≈94 % dans chaque groupe, reflétant l’état postopératoire). Pas de différence significative globale. Quelques effets apparents : coordination altérée plus fréquente dans le groupe gabapentin (42.3 % vs 32.7 %; p = 0.03).


Discussion & interprétation

  • L’étude suggère que, malgré l’usage répandu, la gabapentine ne diminue pas la douleur postopératoire en chirurgie majeure.

  • Elle pourrait en revanche contribuer modestement à l’arrêt des opioïdes postopératoires dans les suites (même si l’impact clinique reste modéré).

  • Autrement dit : l’espoir d’un effet analgésique majeur ou de prévention de la douleur chronique n’est pas confirmé ici.

  • Les auteurs soulignent que la stratégie pourrait être vue davantage comme une aide à réduire la durée de la prise d’opioïdes plutôt que comme un substitut analgésique puissant.

  • Ils posent la question de populations plus ciblées (types de chirurgie, patients à haut risque de douleur chronique, etc.), du bon dosage, de la durée, du timing optimal.

  • Il est aussi signalé que l’exclusion de patients à haut risque (ex : IR, apnée, âgés, pathologies associées) signifie qu’on doit rester prudent dans la généralisation.


Limites importantes

  • Population hétérogène (plusieurs types de chirurgie) → effet dilué potentiel par variabilité.

  • Le schéma de soins « standard » (multimodal) était permis, ce qui peut masquer l’effet additionnel de gabapentin (bias vers le « nul »).

  • Le suivi et la teneur de la prise d’analgésie postopératoire n’étaient pas entièrement contrôlés (variabilité entre services).

  • L’effet observé sur les opioïdes est modeste — à évaluer dans le contexte clinique si cela justifie le traitement.

  • L’étude excluait des patients fragiles ou avec comorbidités majeures, ce qui limite l’applicabilité à ces populations.


Implications pratiques pour l’anesthésie / la gestion postopératoire

  • Si on l’utilise, il semble préférable de se faire une stratégie ciblée : patients à haut risque d’usage prolongé d’opioïdes, chirurgie avec forte composante hyperalgésie, etc.

  • Il serait bon de surveiller étroitement les effets secondaires (somnolence, coordination, IR, etc.), en particulier chez les patients fragiles.

  • A intégrer dans des protocoles d'analgésie multimodale